La nouvelle PKK : entre extrémisme, violence politique et défis stratégiques

Walter Posch

 

Contrairement à son importance pour le développement politique en Turquie et pour la sécurité interne en Europe, le « Parti des travailleurs du Kurdistan - PKK », parti par ailleurs interdit, a rarement été l’objet d’intérêt scientifique. En outre, la plupart des œuvres scientifiques sur ce sujet souffrent du fait que leurs auteurs se positionnent soit comme des adversaires, soit comme des apologètes de l’organisation. Néanmoins, il y a des exceptions importantes comme les œuvres d’Aliza Marcus, qui fut la première à rédiger une présentation sobre de l’histoire du PKK, ainsi que l’article paru dans l’album de Baskin Oran sur la politique extérieure turque, article qui traite du nouveau PKK ou de la KCK (« Union des Sociétés du Kurdistan »). L’œuvre de Marcus couvre une période de trois décennies, période qui s’étend de l’origine de l’organisation dans le milieu d’étudiants turcs d’extrême gauche des années 1970 jusqu’à la crise au début des années 2000. En première ligne, l’œuvre traite de la politique du PKK en Europe et du mouvement insurrectionnel contre la Turquie ; l’idéologie et l’organisation ne sont pas au centre de son intérêt. L’œuvre présente essaie de faire le contraire : analyser l’idéologie et les structures d’organisation du PKK à l’aide de ses propres documents et d’œuvres choisies d’Abdullah Öcalan. Le développement historique et le positionnement contemporain de l’organisation sont uniquement utilisés pour la localisation de l’idéologie et pour l’explication de la structure. En aucun cas on envisage de rédiger une histoire globale du PKK, parce que ce serait de toute façon trop tôt pour le moment. Sans tenir compte de ce fait, le recadrage et la restructuration de l’organisation peuvent seulement être compris dans le contexte du développement contemporain, c’est-á-dire de l’arrestation d’Öcalan en 1999 jusqu’à nos jours. Au début, les autorités turques ont sous-estimé la dimension de la reformation du PKK sous le nom KCK. Quand, autour de 2008/2009, elles commencèrent à comprendre les dimensions de l’organisation KCK, elles les interprétèrent comme des préparations d’insurrection. Les violations des droits de l’homme qui s’ensuivirent et les manipulations des lois au cours des opérations de la KCK et les procès tenus contre elle s’expliquent en partie par la panique politique ainsi que par la vengeance et l’opposition de la bureaucratie contre Erdogan qui, dans ses négociations, voulait empêcher une mauvaise alliance entre le mouvement Gülen et les nationalistes. Le système KCK, en association avec les événements en Syrie (Kobane) en 2014, puis avant et après les élections de l’été 2015, a de nouveau subi une pression massive du côté des autorités de sécurité turques. Il est clairement reconnaissable que ces autorités veulent durablement affaiblir et détruire les structures d’organisation de la KCK. Cela concerne les structures militaires ainsi que les structures civiles de la KCK. Le combat de défense autour de Kobane a rendu célèbre dans le monde entier les unités militaires féminines du PKK/de la KCK et a apporté au PKK beaucoup de sympathie dans le monde occidental. Le kurdisme joue, bien sûr, un rôle central parce qu’il est, après tout, la motivation la plus importante pour les combattants de rejoindre cette organisation. L’article 4h exige une solution à la question kurde par la voie démocratique, l’acceptation de l’identité kurde à tous les niveaux sociaux et l’enseignement dans la langue maternelle. Ainsi, l’héritage kurde est quasiment « kurdisé ». A la place d’un état-nation libéral, on veut créer une « démocratie radicale et collectiviste ».