Les flux migratoires globaux actuels

La nouvelle dimension géopolitique de la politique de sécurité

Heinz Brill

 

Il existe un chiffre concernant les événements migratoires globaux : selon les estimations des Nations unies, 232 millions de personnes furent des migrants en 2013. Des migrants sont des personnes qui vivent dans un pays où elles ne sont pas nées. Pour le moment, selon les informations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), environ 60 millions de personnes sont en train de fuir la pauvreté, la famine, la guerre et la violence, la poursuite politique et un manque de perspective sociale. Ce sont des facteurs qui se conditionnent et se renforcent mutuellement et qui, à côté du facteur central « l’écart de prospérité nord-sud » figurent parmi les raisons de fuite les plus importantes. Dans ce contexte, des experts parlent aussi des facteurs de rejet et d’attraction (« push and pull ») comme les motifs de migration les plus importants. Pour surmonter cette crise globale à tendance croissante, le président US Barak Obama demande d’organiser un « sommet sur la migration » en septembre 2016, c’est-à-dire pendant l’assemblée générale des Nations unies. De nombreux états ont des sympathies pour l’Union méditerranée ; néanmoins ils ne pensent pas qu’une telle union aura vraiment de bonnes chances de succès. La France, quant à elle, a atteint un but par une initiative spectaculaire : l’UE, qui pendant la crise du Balkan et l’élargissement vers l’Est s’est concentrée surtout sur ses voisins dans l’Est et dans le Sud-est, tourne à nouveau son regard plus intensément vers le sud, c’est-à-dire vers la région située sur la côte méditerranéenne opposée, région dangereuse et agitée par des crises. Après des années de stagnation, on devrait intensifier l’intégration d’un nouveau type de processus de Barcelone et une réanimation de « l’Union méditerranée » dans la politique opérative. Il n’est pas compréhensible pourquoi, dans la situation de crise bien prévisible, la géopolitique fut méprisée comme aide à la décision pour la politique opérationnelle. La prévoyance des intérêts, conflits et tendances géopolitiques est vue comme un des devoirs les plus importants de la politique mondiale pour les responsables politiques parce que « gouverner avec intelligence veut dire gouverner avec prévoyance ». Pour pouvoir prévoir, il est utile d’avoir des informations sur les raisons des conflits qui, selon la lecture officielle, « éclatent toujours de façon surprenante », mais qui sont relativement bien prévisibles dans leurs stades de développement. Les expertises (aides à la décision) pour la politique opérationnelle fournies par le biais de « cellules de réflexion », dont la partie géopolitique est toujours négligeable dans la région germanophone, ne sont souvent pas prises en considération par les responsables politiques ou ne sont même pas ordonnées par eux. C’est la raison pour laquelle la politique officielle soigne des « symptômes » politiques quotidiens qu’on trouve par exemple dans la politique actuelle des réfugiés plutôt que de prendre à temps des mesures stratégiques et préventives. Le renoncement à des réflexions et actions géopolitiques, ne protège cependant pas contre ses conséquences. Les pronostics actuels sur le nombre de migrants et leur influence sur la stabilité interne des pays cibles doivent être davantage pris en considération et acceptés comme un défi stratégique par les élites de sécurité politique et les états-majors de planification. En fait, ce sont les Forces armées qui vont être chargées de la maîtrise et du contrôle des flux de réfugiés transcontinentaux croissants, tâches pour lesquelles elles ne sont pas encore formées bien que les aspects politiques et de sécurité de la « migration » sont déjà devenus un thème du 21e siècle.