La situation stratégique à la fin de l‘année

Lothar Rühl

 

Les quatre années entre 2013 et la fin de 2016 se présentent sur le calendrier historique comme une période d’accélération intense de crises imminentes et d’escalade de conflits. Pour les planifications stratégiques et les calculs des risques ainsi que les sujets optionnels de la politique, cette période s’ouvre sur le futur proche comme une période d’imprévisibilité croissante. Ainsi, la stabilité de la situation de sécurité européenne se fonde sur l’OTAN et la présence militaire des U.S.A. et non pas sur l’Union européenne ou l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Sans l’engagement et les capacités des U.S.A. en tant que superpuissance, sans la cohésion transatlantique, on ne peut pas maintenir la sécurité de l’Europe pendant des cirses ni protéger ou défendre l’Europe atlantique contre des agressions. Néanmoins, les capacités de défense de l’OTAN sont aussi limitées, même si elle a stationné une brigade américaine en Pologne et un bataillon allié dans chacun des trois pays baltes et entreposé dans des dépôts avancés des matériaux pour le renforcement des troupes dans l’est du continent européen. Le rapport des forces militaires et la situation de menace en Europe ont changé au détriment de l’OTAN. Cela ne signifie pas une menace croissante, mais quand-même une pression accrue sur l’Europe de l’ouest atlantique élargie vers l’Est jusqu’à la frontière russe. La situation dans l’est de l’Ukraine à la fin de 2013 et en 2014 nous a montré un exemple de la démonstration de pouvoir russe concernant sa capacité de mener des opérations offensives à grande échelle : Moscou avait d’abord établi un dispositif offensif qui s’étendait sous forme d’un hémicycle autour de la région balte au nord-ouest et autour de la Biélorussie et l’Ukraine (qui forment le centre de cet hémicycle) ainsi qu’autour de la Moldavie et de la Roumanie jusqu’à la côte de la Mer Noire dans le sud-ouest. Ce dispositif consistait en forces projetées d’un volume de 150 – 200 000 soldats russes regroupés dans des formations d’engagement équipées de véhicules blindés lourds, d’artillerie et d’avions de combat, formations soutenues par une logistique moderne et une capacité de commandement sophistiquée. De plus, 40 – 50 000 soldats se sont temporairement entraînés dans une grande manœuvre près de la frontière ukrainienne. Des militaires de haut rang venant de Bruxelles ont expliqué en 2014 à Berlin que l’OTAN fut surprise « trois fois de façon stratégique » : par le volume, la discrétion et la rapidité de la projection des forces ainsi que par la qualité des troupes et leur équipement, y compris la performance de commandement opérationnel fournie pendant une courte période de temps. Ni les alliés ni les russes eux-mêmes n’avaient pensé que l’Armée russe en serait capable. En fait, cette « surprise stratégique » a mis en question les hypothèses de base des planifications militaires et politiques de l’OTAN pour l’Europe et pour des renforcements de troupes venant de l’Amérique du nord en cas de crise. En particulier la Turquie, sous le président Erdogan, est toujours un pilier important de l’Alliance de l’Atlantique Nord et de la stratégie américaine dans la région, mais la Turquie n’est devenue ni le fameux « pont » vers l’Orient islamique ni une plateforme absolument disponible pour des interventions dans toutes les directions. Le terrorisme est devenu le sujet principal dans le domaine de la sécurité internationale. La montée de la Chine au rang d’une superpuissance a fixé la seule puissance mondiale restante, c’est-à-dire les U.S.A., sur la position opposée dans le Pacifique occidental et, en direction du sud-ouest, jusqu’à l’Océan Indien. L’affaiblissement stratégique de l’UE et de la Grande Bretagne en 2016 par le retrait de l’UE peut seulement être compensé par un renforcement de l’Alliance de l’Atlantique Nord.