En fidèle fraternité d’armes 

Les troupes impériales autrichiennes sur des champs de bataille étrangers pendant la Première Guerre mondiale

Wolfgang Etschmann/Andreas W. Stupka

 

En général, on connaît les grands champs de bataille sur lesquels l’Autriche-Hongrie s’est battue pendant la Première Guerre mondiale : le front de l’Est contre la Russie, le front du Balkan contre la Serbie, le Monténégro et la Roumanie, le front de Salonique contre des unités alliées et le front des Alpes et de l’Isonzo contre l’Italie. La Marine impériale fut employée dans la Mer Adriatique parce qu’après l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Entente en 1915 le détroit d’Otranto avait été bloqué, ce qui a rendu impossible à la Marine impériale de quitter le port pour la Méditerranée. Sur tous ces champs de bataille, l’Autriche-Hongrie n’était pas seule. L’Empire germanique a massivement soutenu les troupes impériales autrichiennes – avec un corps alpin de l’été 1915 jusqu’au printemps 1916 et avec une armée pendant la bataille de rupture de Flitsch-Tolmein en automne 1917. Les Allemands ont surtout fourni du soutien dans l’Est où, depuis l’offensive de Brussilow en 1916, un haut commandement commun des Puissances Centrales a dirigé les destins de la guerre. Mais aussi sur le Balkan, la Roumanie fut vaincue en automne 1916 avec des troupes allemandes et bulgares – le Corps alpin allemand se battit sur le front italien. Ce qui est peu connu, c’est que les troupes austro-hongroises étaient aussi employées sur des champs de bataille étrangers, parfois à cause de la nécessité d’une existence commune, comme par exemple en Extrême-Orient, mais la plupart du temps comme un signal pour une fraternité d’armes fonctionnante ou pour soutenir l’allié par des expertises adéquates. Ainsi, les troupes des Forces terrestres impériales et de la Marine impériale se battirent contre les Japonais et les Britanniques en Chine en 1914. La Monarchie danubienne envoya aussi des troupes à Gallipoli pour soutenir le combat de défense des Ottomans contre les Britanniques et les Français. Pour soutenir l’allié turc, on employait aussi des troupes dans le Levant jusqu’à la fin de la guerre. Déjà au début de la guerre, des troupes austro-hongroises furent engagées sur le front de l’ouest en Flandres. Surtout vers la fin de la guerre, de grandes unités impériales furent employées sur le front de l’ouest pour affirmer la fidèle fraternité d’armes avec les alliés allemands, fraternité qui fut bien mise à l’épreuve à cause de la soi-disant « affaire Sixtus », c’est-à-dire les initiatives de paix secrètes de l’Autriche-Hongrie avec les puissances de l’Entente. Ce sont donc, en grand partie, ces trois champs de bataille : la Chine, le Proche-Orient et la France – champs de bataille qui seront présentés plus loin dans cet article. Sur ces trois champs de bataille étrangers, les soldats de la Monarchie danubienne se sont battus bravement et ont, en partie, reçu les plus hautes distinctions de leurs « frères d’armes ». Néanmoins, leur rôle resta dans toutes les situations un rôle inférieur et de soutien et en aucun cas un rôle décisif pour l’issue de la guerre. Pourtant, des milliers de membres de la dite « ancienne armée » furent prêts, en dépit de lourds sacrifices, à mettre leur vie à disposition pour Dieu, l’empereur et la patrie, et cela aussi en s’engageant dans des forces étrangères pour remplir la « fidèle fraternité d’armes » pendant la guerre de 1914 à 1918.