La « crise des réfugiés »

Menace de sécurité ou impulsion pour un changement de pensées ?

Corinna Metz/Hannes Swoboda

 

Le terrorisme, la radicalisation et l’isolement d’un côté, la solidarité, les droits de l’homme et le multiculturalisme de l’autre côté - ce sont seulement quelques mots-clés qui illustrent les contrastes qui se heurtent dans le débat sur les réfugiés. La vague initiale d’aide a diminué et est maintenant remplacée par des préoccupations de sécurité, préoccupations associées avec l’afflux de demandeurs d’asile. Des attentats terroristes affreux, des agressions sexuelles, des manifestations violentes et des incendies criminels dirigés contre des logements de réfugiés continuent d’échauffer le climat et offrent une justification pour la cémentation des préjugés mutuels qui peuvent, de leur côté, devenir un danger. Le nombre de personnes obligées de fuir leur terre natale à cause de persécutions, de conflits, de violence et de violations des droits de l’homme est actuellement le nombre le plus haut que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) ait jamais constaté. Déjà fin 2015, 65,3 millions de personnes étaient en fuite dans le monde entier, et on peut présumer que la tendance croissante du nombre de réfugiés, tendance qui augmente depuis 2011, aura augmenté en 2016. Un facteur important qui a contribué à ce développement est, selon l’UNHCR, la guerre en Syrie. De plus, cette tendance est aussi le résultat de nouveaux conflits ainsi que la continuation de crises non réglées (comme au Burundi, en Iraq, en Libye, au Niger, au Nigéria ainsi qu’en Afghanistan, en République centrafricaine, au Congo, au Soudan du Sud et au Yémen). En 2015, seulement
201 400 personnes ont pu rentrer dans leur pays natal, ce qui constitue une partie très faible, comparée avec le nombre de personnes qui avaient pris la fuite. L’année dernière, la Turquie, le Pakistan, le Liban, l’Iran, l’Ethiopie, la Jordanie, le Kenya, l’Uganda, le Congo et le Tchad étaient les pays qui ont accueilli le plus grand nombre de réfugiés. Ainsi, les plus grands états d’accueil se trouvent dans des régions en voie de développement, régions qui, en comparaison mondiale, malgré leur statut de pays de revenu bas ou moyen, hébergent un nombre disproportionné de réfugiés. Il n’y a pas de remède universel - ni pour les conflits dans le voisinage de l’UE, ni pour la gestion de la dite « crise des réfugiés ». Il y a seulement un paquet de solutions, solutions à suivre en commun à l’intérieur de l’Europe et en coopération avec nos voisins. Une politique de sécurité complète doit être une politique préventive qui aurait pour effet qu’un minimum de personnes soient forcées à fuir leur pays. Les gens qui, à la recherche de protection, arrivent en Europe, ont mérité un traitement humain et une chance d’être intégrés. A long terme, cette migration - malgré tous les défis - peut non seulement enrichir la vie commune en Europe, mais aussi servir de pont entre l’Europe et ses voisins. Surtout pour les pays en vieillissement démographique, la migration ne constitue pas en général une menace, mais un gain. La réforme du droit d’asile est une des prémisses les plus importantes en Europe. Selon Thomas Straubhaar, chercheur dans le domaine des migrations, la politique pragmatique d’immigration devrait, au croisement entre les intérêts nationaux, les accords internationaux et les devoirs moraux, premièrement régler la migration due au manque de travail, deuxièmement la réunification familiale et, troisièmement, les flux des réfugiés. Cette politique ne doit pas se laisser instrumentaliser pour les propres buts de groupes d’intérêt.