De la réorganisation jusqu’au renversement de tendance. La Bundeswehr à la fin de la cure de rétrécissement

Franz-Josef Meiers

 

Depuis sa fondation, la Bundeswehr, en ce qui concerne son volume, sa structure, son équipement et sa formation, était orientée vers les exigences opérationnelles d’une défense statique et linéaire au centre de l’Europe. La fin du conflit Est-Ouest a rendu obsolète la nécessité stratégique d’une défense avancée, défense interconnectée et menée avec les Alliés près de la frontière contre une menace militaire visible. La dissolution de l’ordre bipolaire fut accompagnée d’un éventail géographiquement et fonctionnellement élargi de tâches, éventail qui a posé de nouvelles exigences à la Bundeswehr. Pour de telles exigences, la Bundeswehr n’avait cependant pas encore ou seulement de façon limitée pris des mesures préventives quant à sa structure, son équipement et sa formation. Dans un environnement géographiquement élargi, la sécurité préventive a exigé la mise à disposition de forces opérationnelles mobiles et flexibles, forces capables d’être envoyées et employées en un délai très court sur des distances stratégiques en dehors du territoire de l’OTAN. La nécessité de s’adapter structurellement à la situation géostratégique fondamentalement et durablement changée au centre de l’Europe a quand-même été contrée par la lacune croissante entre le profil de compétences de la Bundeswehr et le profil d’exigences modifié. Pour la Bundeswehr, les exigences concernant le nombre, l’intensité, le volume et la durée des opérations militaires ont augmenté dans une plus grande mesure que prévu. La Bundeswehr participe aux 16 opérations étrangères multinationales, surtout en Afghanistan, en Iraq, en Syrie et au Mali avec environ 3 800 soldats. Au-delà des opérations mandatées, la Bundeswehr est continuellement tenue par les obligations quasi-opérationnelles vis-à-vis de l’OTAN comme les contributions obligatoires à la Force d’intervention rapide (NATO Response Force) avec 4 600 soldats, la fourniture d’une « nation cadre » - avec les Pays-Bas - pour le fer de lance récemment établi (Very High Readiness Joint Task Force), la surveillance de l’espace aérien au-dessus de la région balte par des Eurofighters allemands, l’emploi de navires allemands dans les quatre groupes d’action maritimes permanents ainsi que la participation à diverses opérations, surtout en Méditerranée. De même, le gouvernement fédéral allemand s’est déclaré prêt au sommet de l’OTAN, début juillet 2016, à participer à l’EFP (Groupement tactique) lithuanien en tant que nation-cadre avec environ 1 000 soldats avec la Norvège et les pays du Benelux afin de créer une plus grande présence avancée de l’OTAN en Europe centrale et de l’Est. Près de 20 000 soldats étaient engagés dans ces actions, y compris ceux qui participaient à l’aide aux réfugiés. En fait, tous les

178 641 soldats actifs (chiffre datant d’octobre 2017) n’étaient pas vraiment disponibles pour la Bundeswehr - 10 000 à 15 000 soldats étaient dans des programmes de formation civile. Le plus grand problème de la Bundeswehr d’aujourd’hui, c’est le « rythme » pour remplir le plus rapidement possible l’exigence centrale de la politique de sécurité allemande, exigence citée dans le Livre Blanc de 2016 : prendre des décisions tôt et les intégrer de façon substantielle dans le débat international en tant que force motrice, vivre la responsabilité et prendre le commandement. Le nouveau gouvernement est tenu de créer les conditions pour amener le plus tôt possible les tâches, le personnel et le matériel des Forces allemandes à un état équilibré. Toute autre action ne serait qu’un quatrième déjà-vu avec le résultat connu : en attendant Godot.