Pas de paix et pas encore de guerre : des conflits « hybrides » comme forme d’imposition d’intérêts d’états - ou pourquoi la lutte contre « l’Etat Islamique » n’est pas un conflit hybride

Lukas Bittner

 

La large condamnation de la guerre pour les états par le droit humanitaire international en association avec un comportement de plus en plus offensif de quelques états – mot-clé « retour de la géopolitique » - a mené à de nouvelles formes d’imposition d’intérêts d’états et ainsi à de nouvelles formes de conflit, les « conflits hybrides ». Tandis que les « nouvelles guerres » se sont manifestées comme formes de guerre civile – bien qu’en partie avec participation internationale – les « conflits hybrides » constituent  en quelque sorte une expression du système conflictuel international. Comme les états sont limités par le droit humanitaire international dans leurs moyens ouverts pour imposer leurs intérêts de façon violente, mais en même temps les régimes d’ordre internationaux sont dysfonctionnels dans beaucoup de cas, on choisit d’autres approches multinationales, c’est-à-dire des approches « hybrides ». En même temps, des guerres classiques parmi des états, des « conflits armés internationaux » comme ils sont normés dans le droit international, ne sont pas devenus obsolètes à cause de cela. L’éventail de menaces et le potentiel d’escalade sont un élément essentiel des affrontements hybrides. Ainsi, il existe aussi le risque, dans un affrontement entre deux ou plusieurs états, suite au manque d’un régime d’ordre global et à cause de mauvaises décisions prises par des décideurs politiques, d’arriver à une transition non intentionnelle vers « un conflit armé international » ou même une guerre. A cet égard, des « conflits hybrides » ne sont pas une guerre ou un « conflit armé international », mais une forme de communication (agressive) interétatique dans un système international de « l’ordre mondial » comme aussi décrit par Carlo Masala. Le défi spécial dans la réaction à des conflits hybrides réside dans la multidimensionalité de l’usage de violence. Comment les états doivent-ils donc affronter des conflits hybrides ? D’abord, une politique de sécurité moderne doit se débarrasser de la narration classique des termes contradictoires de paix versus guerre. Des conflits hybrides sont une étape intermédiaire, un « tertium datur », comme le mentionne Bernhard Koch. Cela signifie qu’un conflit peut déjà exister même si la population ou une partie des hommes politiques ne perçoivent pas le conflit comme tel. Dans une deuxième étape, on devrait prendre la déclaration du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg : « Hybrid is the dark reflection of our comprehensive approach (l’hybride, est la sombre réflexion de notre approche globale). Nous utilisons un ensemble de moyens militaires et non militaires pour stabiliser des pays. D’autres les utilisent pour les déstabiliser. » A contrario, il est donc nécessaire de prendre les mesures que les états européens utilisent vis-à-vis des états tiers dans le cadre de leur « approche globale » comme des instruments de comparaison et comme des critères pour évaluer les mesures prises par d’autres états. Si des recoupements apparaissent, il faut voir au niveau de l’état si ces mesures sont dirigées contre le propre intérêt national et s’il faut prendre des contremesures. Pour ces mesures, il faut choisir une approche qui englobe tout l’état parce que les vecteurs d’attaque hybrides ne sont pas non plus seulement dirigés contre un seul champ politique spécifique.