Combien d’argent faut-il donner à l’Armée fédérale autrichienne ?

Sur la nécessité d’une doctrine militaire autrichienne

Andreas W. Stupka

L’année 2020 va entrer dans l’histoire autrichienne comme une des périodes les plus difficiles depuis la fin de la Guerre froide. Les mesures prises pour la lutte contre la pandémie COVID-19 ont bouleversé notre vie sociale d’une façon inimaginable. Jusque-là, le citoyen « normal » n’avait presque jamais été confronté à de telles crises et scénarios catastrophiques. Ces événements ont surtout provoqué un effet négatif pour l’économie, effet qui ne permet pas de repasser facilement au normal. De plus, de grandes sommes d’argent devront être injectées dans le développement de l’économie en faillite pour la relancer. Cela exigera certainement une réduction des dépenses dans d’autres secteurs publics. On peut donc supposer que, à court terme il ne sera pas possible d’effectuer des investissements importants pour  l’Armée autrichienne afin d’arriver à une défense militaire efficace. La situation est encore plus dramatique si on considère les propos de l’ancien ministre de la Défense, Thomas Starlinger, qui a constaté en 2019 et avec une clarté sans précédent que l’Armée autrichienne n’est pas suffisamment opérationnelle pour remplir sa tâche principale : défendre le territoire autrichien. La réponse à la question de savoir combien d‘argent il faut vraiment donner à l’Armée fédérale autrichienne pour qu’elle soit capable de défendre l’Autriche peut seulement être trouvée dans une analyse politique basée sur une synthèse de tous les éléments militaires disponibles. Puis, la politique doit en développer un concept qui exprime clairement les objectifs pour lesquels il faut mettre sur pied, équiper et employer des Forces armées - c’est-à-dire comment la défense militaire nationale doit être conçue. Après, il faut établir un horizon temporel pour la réalisation des buts fixés et créer un cadre financier afin de, finalement, intégrer ces deux éléments dans le « Plan de la Défense nationale », comme c’était déjà le cas pendant la Guerre froide. En général, un tel procédé offrirait la possibilité d’utiliser ce « Plan de Défense nationale » comme une base, de le réviser et de l’adapter afin de documenter une continuité dans le développement de la politique de sécurité autrichienne - et de, finalement, aussi démêler le chaos terminologique. En tout cas, la doctrine militaire qui en découlerait devrait être acceptée comme une base obligatoire et politiquement adaptée. Il serait donc faux d’attribuer une certaine somme d’argent à l’Armée autrichienne sans avoir élaboré les bases mentionnées plus haut. Dépenser de l’argent sans objectifs préfixés serait la même chose que de jeter l’argent par les fenêtres - peu importe de quelle somme il s’agit. Si, après une analyse profonde, il n’est possible de mettre à disposition qu’une somme limitée qui ne suffit pas pour remplir toutes les tâches militaires assignées, il est nécessaire que la politique réduise la gamme de tâches ou, du moins, donne des directives précises. Sinon, on risquerait de s’impliquer dans l’ensemble des tâches assignées sans pouvoir les remplir à cent pourcent. Par conséquent, l’Armée fédérale autrichienne serait une organisation incomplète et loin de pouvoir revendiquer le statut d’une force armée fonctionnante. De plus, tout cela mènerait de nouveau aux discussions actuelles en Autriche. Dans ce contexte, c’est égal si on choisit une approche de principe ou une approche adaptative. L’essentiel est de donner une directive précise concernant les capacités militaires nécessaires dans une situation spécifique. C’est la seule possibilité de construire un pont solide pour surmonter le fossé entre les différents points de vue et, ainsi, donner un sentiment de sécurité à la population.